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Le Dossier

Les mineurs de fond, l'emblême des habitants des Hauts-de-France

5 – L’entretien de la mémoire des mineurs aujourd’hui


 Beaucoup de récits retracent le quotidien des ouvriers de la mine. Même si, au travers des personnes sollicitées, nous avons pu constater à quel point ces mineurs gardent plutôt leur histoire pour eux.
Depuis de nombreuses années, la maison d’édition nordiste « Nord Avril » publie de nombreux ouvrages sur ce thème. En particulier, grâce à son créateur, Patrice Dufossé, qui a bien connu cette période de l’histoire, « J’ai baigné dans l’univers des mineurs. Ma mère tenait une CCPM (coopérative centrale du pays minier), que l’on peut considérer à l’époque comme une petite supérette, dans les années 1970, raconte-t-il. Mes grands-parents, eux, tenaient un café de Mineur en face de la Fosse Delloye, qui s’appelle désormais le centre Historique Minier de Lewarde. J’ai connu cet univers, ce milieu ouvrier, puisque mes grands-parents me recueillaient souvent à leur maison. Les gens passaient par l’allée qui correspondait à la maison où j’ai grandi, ils déposaient leur bicyclette à côté de la maison de mes grands-parents. J’étais au milieu de tout ces gens. Ce qui m’a marqué, avant tout, ce sont les échanges, intenses. Des années plus tard, quand mes grands-parents sont décédés, que la mine a fermé, j’ai eu envie de retracer ces souvenirs-là, ce que j’avais vu. »

La transmission : telle était la mission pour cet homme qui a, depuis la création de sa maison d’édition, publié près de 110 livres ayant un rapport avec la mémoire de la région.
Son livre, « Café de mineurs, chez Jean », est le point de départ de cet attachement à l’histoire des Mineurs, « C’est un livre qui est parti d’une simple photo. On voit ma mère jeune, avec ma grand-mère. C’était l’année 58-59. J’ai voulu, à travers ce livre, retrouver les gens qui fréquentaient ce lieu unique, ce bistrot. Je suis reparti à leur recherche. J’ai rencontré certains d’entre eux du côté d’Arleux, Vaulx-Vraucourt, Bapaume… À Bapaume, j’ai revu un mineur, qui a travaillé au jour. Je parle de ces gens, de mon grand-père, immigrant polonais, qui rencontre ma grand-mère immigrante polonaise. Il raconte notamment pourquoi il avait été sanctionné pour avoir prolongé son briquet (son repas) de 20 minutes au fond, pour avoir oublié sa lampe de mineur : résultat, on lui retenait de l’argent sur son salaire, à chaque fois ».

Dans le même registre, Yann Cussey, chargé de l’animation et du développement du pays d’art d’histoire de Lens-Liévin, travaille quotidiennement sur la mise en valeur de ces territoires du Bassin-Minier, avec pas moins de 104 lieux répertoriés, « L’héritage minier est extrêmement riche et il est multiple. On a cette dimension humaine, très forte, culturelle, au sens large, l’immigration avec 29 nationalités qui sont venus travailler dans ce bassin minier du Nord Pas de Calais. Ils avaient des valeurs d’entraide, de solidarité. Mais on a aussi un patrimoine technique : la machinerie, les outils, les terrils… Un patrimoine social, les écoles, l’ensemble des maisons minières, les équipements… Et cet ensemble est entouré, magnifié par un territoire exceptionnel. Le Bassin Minier du Nord Pas de Calais est inscrit en tant que patrimoine culturel évolutif, et on lui reconnait une valeur universelle exceptionnelle. Il montre la richesse du site, la révolution industrielle qui concerne le monde entier. L’exploitation minière est une activité que l’on retrouve dans tous les pays. Le paysage montre aussi comment le territoire a été actif, a évolué. Ce sont des notions qui font sens dans ce contexte actuel. »

Depuis la disparition de l’activité en 1990, ces deux spécialistes estiment qu’il y a eu comme une sorte de rupture de transmission des mineurs, parfois taiseux. Cette fin d’activité a déclenché une crise économique extrêmement forte, et un problème de reconnaissance, « Le sentiment était qu’il y a eu un rejet de cet héritage. Heureusement, un certain nombre de monuments a été protégé et le regard est en train de changer, précise Yann Cussey. Il y a encore un travail à faire au niveau de la pédagogie, pour permettre aux gens de s’en saisir. »

Ce rejet, Patrice Duffosé ne l’a pas ressenti, car grâce à son histoire, sa relation privilégiée avec ses grands-parents, il a réussi à rencontrer un grand nombre de travailleurs des mines, « Mon passeport, c’était la photo de ma grand-mère devant la porte du café de la Fosse Delloye. Les portes m’ont été ouvertes très facilement, étant le petit fils que tout le monde avait vu un moment ou un autre. On a pu discuter de cet univers de la mine. Une discussion simple, en patois, que j’ai retranscrit dans le livre « L’Autobus des Gueules Noires ». Je me suis demandé : comment ces mineurs venaient au travail ? Je me souviens, que le long des trottoirs qui rejoignaient le café de mes grands-parents, il y avait une colonie de bus près de l’entrée principale.
J’en voyais qui venaient à bicyclette, mobylette, à pied…. À l’époque, il faut savoir une chose : il y avait ce que l’on appelle un système de parrainage, où l’on parlait pour l’autre, le frère, le neveu… On s’aperçoit alors que les gens se rendent à la mine, à travers les villages jusque Bapaume. C’était en quelque sorte pour fiabiliser le personnel. Dans l’ensemble, il est vrai que je me suis rendu compte qu’il était difficile pour ces gens de reparler de tout cela. Quand je demande des témoignages, certaines femmes de Mineurs me disent que leurs maris vont refaire des cauchemars la nuit.
 »


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