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Le Dossier

L'exode de mai 1940 : le récit du peuple des routes originaire de l'Avesnois

3 - Récit d'habitants de l'Avesnois : "Pour alléger la charge, mon père marche à la tête de son cheval"


René Latargez (Maubeuge)
C’est au petit matin du 10 mai 1940 que cet habitant de l’Avesnois est réveillé en sursaut. Dans le ciel, des échanges de tirs de DCA, des bombes sont larguées et le parfum doux d’une nuit laisse place aux spectacles d’une guerre qui s’invite à la porte de cet habitant. L’après-midi, son regard croise celui de quelques centaines de soldats français, prêt à en découdre en Belgique pour repousser l’armée allemande « À voir ces soldats bien équipés qui ont fière allure (…), je n’ai aucun doute de leur victoire assurée » écrit-il dans le témoignage récolté par Jean-Pierre Guéno, dans le livre « Paroles d’exode ». Proche de la Belgique, son village est donc l’un des carrefours où les va-et-vient incessants sont nombreux. Ce qui poussa d’ailleurs bon nombre d’habitants, comme la maman du petit René, a prendre une décision. La cohorte de soldats blessés ne la rassure pas « Nous partons demain », lui dit-elle, passant aux yeux des autres comme une défaitiste. Celle-ci s’avèrera réaliste, sauvant la vie certainement du petit René. C’est donc le lendemain, très tôt, que la famille de René Latarguez fera un trajet en train. Partir le plus au sud possible, éviter les embouteillages des routes, qui n’étaient, en ce mardi 14 mai 1940, que très peu remplies si on compare à ce qui suivra quelques jours plus tard. Il rejoint Paris vers minuit, après un périple d’une journée entière. Lui et sa famille décident de partir vers l’Ouest : vers Vannes, plus exactement. Mais là-bas, le 20 juin 1940, il y croise à son grand regret les armées allemandes « tristesse, colère, rancœur, les larmes aux yeux », voilà ce qu’écrit René Latarguez devant cette scène. La langue, l’argent (5 francs = 1 mark), le drapeau à croix gammées sur la place de la préfecture : en quelques jours, son voyage tourne au cauchemar. Il partira le mois d’après, sous la ligne de démarcation, en direction de Penne-d’Agenais, où il y séjournera pendant près de trois ans. En attendant de revoir toute la fierté d’être français, et la fierté de retrouver sa région du Nord-Pas-de-Calais.

André Cambreleng (Avesnes-sur-Helpe)
Il n’est qu’à quelques encablures de René Latarguez, dans la commune d’Avesnes-sur-Helpe. Il y verra comme son voisin et témoin de cette nuit du 10 mai 1940, l’horreur et l’effroi de voir un avion français perdre son combat face à la puissante aviation allemande. La peur est omniprésente au sein de la famille d’André, qui se cache dans une petite maisonnette de Bas-Lieu. Dans les yeux de ses proches, on se soumet à quitter une ville qui se vide de ses biens matériels, de sa nourriture…C’est le cas donc le 15 mai, pour sa famille et lui. Son père rassemble tous les biens de son entourage sur une plate roulante. Il écrit, dans le livre « Paroles d’exode », de Jean-Pierre Guéno « Pour alléger la charge, mon père marche à la tête de son cheval, et moi je suis derrière la plate-forme, pédalant à petits coups sur le vélo noir à filets dorés », le tout trainé par un cheval, qui sera appelé Pierrot. Sur la route menant à Saint-Quentin, la file de réfugiés est bien évidemment très importante. Le désordre est total. André et sa famille doivent se résigner à laisser des objets en route, à devoir rebrousser chemin malgré une tentative de trouver un chemin moins contraignant et plus tranquille. La tranquillité, une sensation bien difficile à retrouver, tant les bombardements ne s’interrompt pas. Pire, dans la nuit du 16 au 17 mai, André et ses proches doivent partir, malgré la pluie : les Allemands mitraillent, bombardent. Le chaos est là. Son trajet se poursuit en direction de la Normandie, avec le sentiment de n’être qu’au début du trajet. Les nouvelles du front sont dramatiques. Pourtant, le trajet d’André et de son entourage continue. Les réfugiés sont nombreux, et malgré la fatigue, la vie continue. Il écrira que le dimanche 19 mai 1940, il assista à une communion dans une ville normande. Comme pour échapper à la réalité, celle des Allemands progressant sur leur terre de l’Avesnois, en direction de Cambrai et Arras.

Récit à retrouver dans le livre "Paroles d'exode, mai-juin 1940 : Lettres et témoignages des Français sur les routes", de Jean-Pierre Guéno.


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